🇫🇷 Interview : JM Blacwell et le pouvoir des mots

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JM Blacwell est un artiste aux multiples facettes, aussi à l’aise dans l’écriture littéraire que dans la composition musicale. Après avoir conquis les lecteurs avec son roman « Le Silence des Lumières », il poursuit son exploration artistique avec « Papillon de nuit », un titre né durant le confinement, entre solitude et observation nocturne. Rencontre intimiste avec un créateur qui cherche inlassablement à apporter de la lumière dans un monde qu’il voit se noircir.


Comment as-tu commencé la musique ?

JM : Il y a une dizaine d’années, j’ai commencé par prendre des cours de chant. À la base, ce n’était pas pour monter sur scène, mais pour mieux comprendre la voix comme instrument.

Quel a été l’élément déclencheur ?

JM : J’écrivais des chansons pour des groupes locaux, et à un moment je me suis dit que si je voulais écrire juste, il fallait que je sois capable de chanter moi-même ce que j’imaginais. Apprendre à chanter est devenu une nécessité, presque une évidence. Et puis j’ai toujours eu une âme de poète , la musique s’est imposée comme le prolongement naturel de l’écriture.

Qu’est-ce qui t’a inspiré pour écrire « Papillon de nuit » ? Le point de départ ?

JM : Le point de départ, ça a été le COVID. Comme beaucoup, j’étais chez moi, coincé sur mon canapé, à me morfondre. Le monde s’était arrêté. Plus de bruit, plus de passages, plus de vie. Je regardais la rue depuis ma fenêtre : elle était complètement déserte, presque irréelle. Puis la nuit est tombée. Le lampadaire de la rue s’est allumé, seul point de lumière dans ce décor vide. Et au fil des heures, j’ai commencé à voir des papillons de nuit tourner autour de cette lumière, inlassablement, pendant des nuits entières. En les regardant, j’ai eu une sorte d’évidence : nous n’étions pas si différents d’eux. Nous aussi, on tourne autour de lumières artificielles. On cherche quelque chose qui nous attire, qui nous rassure, quitte à s’y brûler un peu. Cette idée m’a frappé très fort. Alors j’ai commencé à écrire. Pas une chanson “sur” les papillons, mais mon histoire à travers eux. Ce qu’ils représentaient à ce moment-là : la solitude, la nuit, l’attirance pour la lumière, la fragilité, l’urgence de vivre quelque chose, même brièvement. « Papillon de nuit » est née comme ça : dans le silence, l’observation, et cette sensation étrange que le monde extérieur reflétait exactement ce que je vivais à l’intérieur.

Quelle est ta façon de composer ? Ta méthode de travail ? D’abord les paroles ou d’abord la musique ?

JM : Ça dépend des morceaux, mais le plus souvent, tout part des paroles. L’écriture vient en premier, presque comme un poème. J’ai besoin de poser les mots, l’image, l’émotion, avant même de penser à une mélodie. Ensuite, la musique arrive pour habiller le texte, jamais pour le contraindre. Je cherche une mélodie qui respecte le rythme naturel des mots, leur respiration. La voix est centrale dans ma façon de composer : je teste, je chante, je laisse les phrases trouver leur place. Il m’arrive aussi de partir d’une ambiance, d’un accord, d’une boucle très simple, mais même dans ce cas-là, les paroles prennent vite le dessus. La chanson se construit dans un va-et-vient constant entre les deux, jusqu’à ce que tout devienne évident. Je ne force jamais un morceau. Quand texte et musique se répondent enfin naturellement, je sais que la chanson est terminée.

Ta plus grande qualité en tant qu’artiste ? Et ton plus grand défaut aussi ?!
JM : Ma plus grande qualité, c’est sans doute que j’aime profondément les gens. J’ai ce besoin presque vital de donner de la couleur à un monde que je vois se noircir un peu plus chaque jour. La musique, l’écriture, c’est ma façon d’apporter de la lumière, même fragile, même imparfaite. Mon plus grand défaut, c’est de croire parfois que les mots devraient suffire. De ressentir cette frustration de ne pas avoir les mots capables de sauver le monde, ou au moins de le réparer. Alors je continue d’écrire, encore et encore, en espérant que quelques phrases, quelques notes, puissent déjà faire du bien à quelqu’un.

Un objet dont tu ne peux pas te passer au quotidien ?

JM : Mon ordinateur portable. J’en ai besoin pour écrire, noter des idées, travailler les textes à toute heure. C’est là que tout commence. Et juste après, il y a ma salle de répète / studio : ce n’est pas un objet à proprement parler, mais c’est mon refuge. C’est l’endroit où les mots prennent une voix, où les chansons prennent forme.

Les 3 derniers morceaux que t’as écoutés aujourd’hui, et sans tricher !!

JM : « Oppression » de Saez, « Heaven’s Hung in Black » de WASP, « Space Oddity » de David Bowie.

Comment vois-tu l’arrivée de l’IA dans le monde de la musique de ton côté ? Quelque chose de plutôt positif ou négatif ?

JM : Pour moi, l’IA est avant tout un nouvel outil. Un outil puissant, qui est en train de transformer le monde, comme d’autres révolutions technologiques avant lui. Je la vois plutôt de manière positive, parce qu’elle peut permettre à beaucoup de créateurs de se lever, d’oser, et surtout de donner une chance à tout le monde, même à ceux qui n’avaient pas forcément accès aux moyens traditionnels. Évidemment, tout dépend de la façon dont on l’utilise. L’IA ne remplacera jamais l’émotion, l’intention, le vécu. Mais bien utilisée, elle peut accompagner la création, libérer du temps, ouvrir des portes. À mes yeux, ce n’est pas une menace pour l’artistique, c’est un levier, à condition de rester humain au centre du processus.

D’ailleurs, quelle place a l’IA dans ton travail précisément ?
JM : En réalité, l’IA est présente dans la musique depuis longtemps. On l’utilise sans toujours la nommer : l’autotune, les outils de correction vocale, certaines vocalises, les arrangeurs intelligents, le mixage assisté… tout ça fait déjà partie du paysage musical depuis des années. Ce que ça change aujourd’hui, c’est l’accessibilité. Des logiciels comme Cubase, des plugins de mixage ou de correction de voix permettent désormais à de petits labels ou à des artistes indépendants d’avoir accès à des outils qui étaient autrefois réservés aux gros studios. Ça rééquilibre un peu les chances. De mon côté, j’utilise l’IA principalement pour le mixage des pistes et la correction des voix. Pas pour tricher, mais pour gagner en précision et en confort de travail. L’essentiel reste l’interprétation, l’émotion, la prise de voix. L’IA vient ensuite en soutien, comme un assistant technique, jamais comme un remplaçant.

Un fait d’actualité récent qui t’a marqué un peu plus que les autres… ?

JM : Ce qui me marque le plus, ce n’est pas un événement isolé, mais l’accumulation. Les conflits, la montée des tensions, la manière dont le monde semble se durcir un peu plus chaque jour. On a l’impression que l’empathie recule, que la peur prend plus de place que l’écoute. Ça me touche d’autant plus que je crois profondément à la nécessité de créer du lien. Et quelque part, ça renforce aussi mon envie de faire de la musique : comme une réponse, modeste mais sincère, à ce bruit permanent.

Quels sont tes objectifs pour 2026 en tant qu’artiste ?
JM : Mon objectif principal, c’est de produire six nouvelles chansons, très ancrées dans notre quotidien. Des morceaux qui parlent de ce qu’on vit tous, sans filtre, avec sincérité. Et puis il y a un autre projet en parallèle… un peu plus discret pour l’instant. J’aimerais lancer une chaîne YouTube autour de la musique. Un espace pour partager, créer, échanger autrement. Mais ça, on en reparlera, pour l’instant, c’est encore une surprise.

Un dernier mot pour la fin ?
JM : Écoutez, prenez le temps, même dans le bruit. Et si une chanson peut vous tenir compagnie une nuit, alors elle a déjà rempli son rôle.



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