Dans cet entretien, Ktaklism revient sur son parcours, ses influences et la construction de son univers artistique. Entre beatmaking, écriture et expérimentation technologique, il dévoile une vision du rap où l’humain reste au centre, même lorsque l’intelligence artificielle devient un outil de création.

Comment as-tu commencé la musique ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Ktaklism : J’ai commencé le beatmaking en 2008, en autodidacte. J’suis passionné de hip hop depuis l’âge de 16 ans, j’ai grandi aux sons des groupes de mon quartier de Boulogne (Sages Poètes de la Rue, Lunatic, etc.) et des groupes emblématiques du rap FR, NTM, IAM… Très vite, le rap US et particulièrement West Coast, Dr Dre, Snoop Dogg, Death Row, 2Pac… sans oublier Eminem, qui demeure ma référence ultime dans le rap par rapport à ce qu’il a amené à la pop culture.

L’élément déclencheur, c’est l’écoute de Dr Dre – 2001. J’ai pris la claque de ma vie, ça m’a fait changer d’avis sur le rap. C’était plus juste des revendications sur des beats samplés, mais un art à part entière, une musicalité plus dense qu’à l’accoutumée. J’ai su tout de suite que tôt ou tard, j’en ferais aussi.

J’ai démarré avec un logiciel comme Fruity Loops, puis je me suis tourné vers du matériel hardware car j’avais du mal avec le son linéaire et froid du PC. C’est comme ça que j’ai démarré, avant de démarcher des artistes.

Qu’est-ce qui t’a inspiré pour écrire « Dans ma mémoire » ? Le point de départ ?

Ktaklism : Le morceau de DMX – Who We Be, uniquement dans le style. À la différence, lui enchaîne des mots les uns après les autres, moi j’en utilisais quatre à chaque fois pour leur donner des significations derrière. Je trouvais ça original.

Ensuite, pour le générer, je devais trouver la bonne prod dans mon répertoire. J’avais ce son de guitare que j’avais fait jouer par un musicien, du coup j’ai utilisé mon beat pour coller à mon texte et ça donne « Dans ma mémoire ».

Pour le fond du discours, c’était se servir de mots-clés afin de donner une définition de ce que mon perso (mon alter ego) a traversé, en termes de vécu, de ce qu’il a vu, entendu. Un récapitulatif mémoriel d’une vie riche en événements.

Quelle place occupe l’utilisation de l’IA dans ton travail ?

Ktaklism : J’utilise Suno pour générer mon rappeur IA Ktaklism. L’IA occupe 20 à 25 % de mon travail. Tout le reste, texte et musique, c’est humain, puisqu’il s’agit de moi et de mes pensées sur ces sons.

Musicalement, je continue le beatmaking. Je ne me sers pas de l’IA pour générer un beat de A à Z, car je veux coller un style reconnaissable, une signature, une voix, une façon de rapper atypique qui se démarque de ce qui se fait en rap français.

Pour résumer, c’est du 80/20. Au début, je générais des morceaux, mais le style était générique et que tout le monde peut faire. Ce que je ne voulais pas. J’ai donc cherché cette voix spécifique, ses gimmicks, afin de ne pas rentrer dans un moule d’IA copie conforme.

D’ailleurs, comprends-tu qu’il puisse y avoir un public jugé « réfractaire » à l’utilisation de l’IA dans la musique ?

Ktaklism : C’est une avant-garde donc pas forcément comprise du public. C’était la même chose avec les sampleurs, certains parlaient de sida musical, que ce n’était pas de la musique… Au final ça s’est imposé, pareil pour l’auto-tune.

C’est normal qu’il y ait des réticences, surtout à une ère où on voit la disparition des stars progressives remplacées par des produits jetables, avec des systèmes de vues et de streaming achetées.

Je comprends que des gens soient réticents à ça. Après, l’utilisation de l’IA peut se faire, et c’est ce que je veux développer : un univers reconnaissable et une marque de fabrique, pour que ce ne soit pas juste une IA qui génère des morceaux, mais un humain derrière.

Une IA ne peut pas tout faire.

Histoire que les gens comprennent bien, c’est quoi la différence entre Greg2Boulogne et Ktaklism ?

Ktaklism : Greg2Boulogne, c’est un beatmaker et lyriciste (devenu comme ça car obligé d’écrire pour générer des musiques). Ktaklism, c’est sa représentation virtuelle, avec des traits physiques s’approchant des miens : un rappeur IA guidé par moi, avec un masque clownesque inspiré des différents Jokers du cinéma selon l’ambiance du morceau.

Je produis et j’écris.
Il rappe.

Est-ce que tu comptes produire d’autres artistes avec ta structure KTLM Records ?

Ktaklism : Artiste réel ? J’ai déjà donné par le passé. Je bosse avec Jhal Du Paul, rappeur australien, depuis 2011.

J’ai aussi réalisé un album entre 2012 et 2014 avec un rappeur du nom de Atilla, mais pour des raisons de divergences artistiques, l’album n’a jamais vu le jour commercialement.

Je ne ferme aucune porte, donc oui, c’est quelque chose qui peut être envisagé.

Les 3 derniers morceaux que t’as écouté aujourd’hui, et sans tricher !!

Ktaklism : Eminem – Guilty Conscience 2
Seth Gueko – Légende du voyage
Kendrick Lamar – Heart Part 6

Un fait d’actualité récent qui t’a marqué un peu plus que les autres… ?

Ktaklism : La guerre en Iran et la folie de Trump.

Ton réseau social préféré ? Pourquoi ?

Ktaklism : YouTube, parce que j’écoute beaucoup de musique, de beats et énormément de documentaires.

Quels sont tes objectifs pour 2026 en tant qu’artiste ?

Ktaklism : Développer mon business, mon label et mon rappeur IA. Je suis focus là-dessus. C’est le commencement d’un projet. J’ai déjà 12 titres d’album terminés et d’autres en phase d’écriture. Avoir un auditoire large et fidèle, pas un produit IA bancal et passable qui lasse.

Un dernier mot pour la fin ?

Ktaklism : L’IA est l’avenir et elle donnera des surprises inattendues, tant que l’humain contrôlera ce qu’il veut véhiculer.



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