🇨🇦 Interview : Nami Nova, la voix de l’ère numérique

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Il y a des artistes qui font de la musique, et d’autres qui en font un monde. Nami Nova, de son vrai nom Nami Moukheiber, appartient résolument à la seconde catégorie. Avec « Swipe Swipe », huitième extrait de son album à venir « Nuages bas », cet artiste aux racines libanaises, canadiennes et françaises signe une pop alternative aussi électrique qu’habitée, où l’intelligence artificielle devient un instrument à part entière. Rencontre avec une voix singulière qui transforme ses failles en paysages sonores.

Comment as-tu commencé la musique ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Nami Nova : La musique a toujours été là, bien avant l’idée d’en faire un projet. Enfant, j’étais fasciné par la musique française, sa manière de transformer les mots en paysages émotionnels, mais aussi par les musiques du monde, ces voix et mélodies qui transportent quelque chose d’universel même lorsqu’on ne comprend pas la langue. Très tôt, j’ai commencé à écrire : des textes, des fragments, des poèmes, comme une manière de donner forme à ce que je n’arrivais pas toujours à dire autrement. J’ai écrit des chansons pour plusieurs artistes, un recueil de poèmes, puis un roman. Pendant longtemps, je ne voyais pas encore comment ces poèmes pouvaient réellement exister en musique. Puis l’IA a évolué. La qualité émotionnelle des voix, des productions, des textures est devenue suffisamment crédible pour que je sente qu’il était enfin possible de traduire cet univers intérieur sans le trahir. Ce n’était pas un remplacement de la création, mais une nouvelle façon de lui donner corps.

Qu’est-ce qui t’a inspiré pour écrire « Swipe Swipe » ? Le point de départ ?

Nami Nova : « Swipe Swipe » est née d’une fatigue étrange : celle de voir le désir devenir un réflexe mécanique. J’avais l’impression que les corps se rencontraient encore, mais que les âmes avaient quitté la pièce depuis longtemps. On se choisit en une seconde, on s’oublie en une autre. Tout va vite, sauf le vide que cela laisse. Je voulais écrire une chanson qui ressemble à une nuit électrique et séduisante, mais traversée par quelque chose de profondément mélancolique. Une chanson où les écrans deviennent des miroirs déformants, où l’on finit par confondre l’amour avec l’algorithme, le manque avec la consommation, l’intimité avec la performance. « Swipe Swipe » parle de cette génération qui cherche désespérément à être désirée, tout en ayant peur d’être réellement vue.

Quelle place occupe l’utilisation de l’IA dans ton travail ?

Nami Nova : L’IA occupe une place essentielle et profondément ambiguë. Je ne la vois ni comme un simple outil, ni comme une menace, mais comme une sorte de miroir instable : elle amplifie ce que nous lui donnons, parfois jusqu’à le rendre méconnaissable. Avec elle, j’ai l’impression de dialoguer avec quelque chose qui n’a ni mémoire, ni chair, ni solitude, et pourtant capable de porter les nôtres avec une précision troublante. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la perfection technique. C’est le vertige qu’elle provoque : celui de voir nos émotions survivre à travers une voix qui n’a jamais vécu.

Comprends-tu qu’il puisse y avoir un public réfractaire à l’utilisation de l’IA dans la musique ?

Nami Nova : Oui, bien sûr, et je le comprends totalement. Chaque révolution technologique provoque des peurs : pour les métiers, pour l’authenticité, pour ce sentiment que la machine menace quelque chose de profondément humain. Ce sont des inquiétudes légitimes. Mais en parallèle, il y a un public extrêmement ouvert, prêt à accueillir de nouvelles formes de création. Ce qui m’importe, c’est l’émotion. Tant que ce que je crée porte quelque chose de vrai, quelque chose qui vient réellement de moi, je ne ressens pas le besoin de me justifier. La machine peut générer une voix ou une texture, mais elle ne vit rien. Ce vécu-là reste le mien.

Parle-nous de ton nouvel album. Pourquoi l’avoir appelé ainsi ?

Nami Nova : « Swipe Swipe » est le huitième extrait de « Nuages bas », qui sortira le 15 mai. J’ai choisi ce titre parce qu’il résume assez bien l’univers dans lequel j’écris depuis toujours : un monde mélancolique, flottant, presque suspendu. Des nuages trop bas peuvent donner une impression d’étouffement, comme si le ciel descendait trop près de nous. Mais il y a aussi quelque chose de très poétique : une lumière différente, des contours flous, une atmosphère qui pousse à l’introspection. Je crois que l’inspiration naît souvent de ces zones intermédiaires, ni totalement lumineuses ni totalement sombres.

Combien de temps as-tu mis pour construire cet album de A à Z ?

Nami Nova : Cela a été une expérience sublime, sincèrement. J’ai commencé vers la fin du mois de décembre 2025, et entre l’écriture, la recherche des voix, des textures musicales et des univers visuels, le processus a pris environ six mois. Ce que j’ai aimé, c’est l’impression de bâtir un monde entier plutôt qu’une simple suite de chansons. Chaque morceau influence le suivant, comme si l’album développait peu à peu sa propre mémoire, sa propre météo intérieure. Au final, cet album m’a appris qu’une œuvre n’est jamais seulement ce que l’on crée : c’est aussi ce qui nous transforme pendant qu’on la crée.

Les 3 derniers morceaux que tu as écoutés aujourd’hui, sans tricher !

Nami Nova : PJ Harvey, « The Dancer ». Tori Amos, « China ». Fishbach, « Un autre que moi ». J’aime les artistes qui donnent l’impression de transformer leurs failles en paysages sonores, quelque chose de très incarné, presque hanté.

Un fait d’actualité récent qui t’a marqué plus que les autres ?

Nami Nova : Ce qui me marque le plus, ce n’est pas un seul événement précis, mais la sensation étrange que le monde devient de plus en plus rapide pendant que les êtres humains restent profondément fragiles. Même la douleur semble parfois consommée comme du contenu. J’ai envie de ralentir ce mouvement-là, de redonner du poids aux émotions et aux silences.

Quels sont tes objectifs pour 2026 en tant qu’artiste ?

Nami Nova : Après « Swipe Swipe », il reste encore sept extraits de « Nuages bas » à découvrir, avec de nouveaux morceaux et de nouveaux visuels. Ensuite, je prépare déjà un projet en anglais pour la rentrée, avec un premier titre prévu le 9 septembre et un album vers la fin octobre. Mais au-delà des dates, mon objectif reste simple : toucher davantage de gens. Entrer dans plus de cœurs, plus de chambres, plus de nuits. J’aimerais que mes chansons voyagent, trouvent leur place dans des playlists, à la radio, dans les écouteurs de personnes que je ne connaîtrai jamais.

Un dernier mot pour la fin ?

Nami Nova : J’ai longtemps cru que les chansons servaient à être comprises. Aujourd’hui, je pense qu’elles servent surtout à tenir compagnie aux choses que l’on n’arrive pas à nommer. On vit dans une époque qui nous pousse à ressentir plus vite, aimer plus vite, oublier plus vite. Moi, j’essaie encore de croire aux émotions qui prennent leur temps. Aux œuvres qui restent comme une odeur sur un vêtement longtemps après le départ de quelqu’un. Et peut-être qu’au fond, toute ma musique parle simplement de cela : essayer de laisser un peu de beauté dans le bruit avant de disparaître.



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