🇫🇷 Interview : Patrick Coutin : entre pluie fine et mots éternels

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Figure libre et insaisissable de la scène française, Patrick Coutin traverse les époques comme on traverse un paysage en mouvement : sans jamais s’arrêter, mais en laissant derrière lui des images fortes. Auteur, compositeur, interprète, réalisateur et écrivain, il incarne cette génération qui a fait de la musique un manifeste, une manière de penser le monde autant que de le ressentir. De « J’aime regarder les filles » à « Comme de la pluie », son parcours raconte une seule et même histoire : celle d’un homme fidèle à ses idées, à ses émotions, et surtout à ses mots. Aujourd’hui, il revient avec une sensibilité intacte et une lucidité rare, entre souvenirs, regrets et envies d’avenir. Rencontre avec un artiste qui n’a jamais cessé d’écrire sa liberté pour MP4 Entertainment.

Interview — Patrick Coutin sans filtre

Comment as-tu commencé la musique ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Patrick Coutin : J’ai commencĂ© Ă  vraiment m’intĂ©resser Ă  la musique dans les annĂ©es 68 / 69, avec l’arrivĂ©e du rock anglais et amĂ©ricain. C’Ă©tait des musiques et des artistes qui portaient les mĂŞmes idĂ©es que celles de ma gĂ©nĂ©ration et qui se servaient de la musique pour les dĂ©fendre. Il y avait alors une grande ambiance en faveur de “renouveler le monde et les relations entre pays et peuple”, des envies de libertĂ©, d’Ă©galitĂ© entre toutes et tous, et cela Ă©tĂ© portĂ© par le rock. J’ai commencĂ© par Ă©crire des paroles pour un groupe de copains, et puis par la suite je me suis mis Ă  la guitare, beaucoup pour impressionner ma voisine qui m’avait fait dĂ©couvrir le Rythm & Blues d’Otis Redding et de James Brown, mais aussi, parce que la vie dans un groupe de copains qui faisaient de la musique Ă©tait plutĂ´t amusante. DiffĂ©rente.

Qu’est-ce qui t’a inspirĂ© pour Ă©crire « Comme de la pluie » ? Le point de dĂ©part ?

Patrick Coutin : Dans un moment de spleen ou de blues, je pensais Ă  une jeune fille dont j’ai Ă©tĂ© très amoureux, quand j’avais une vingtaine d’annĂ©es, trop tĂ´t, parce que je voulais partir et connaĂ®tre d’autres pays, et dont je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Dans mon souvenir elle est restĂ©e une femme magnifique et intelligente, magique, j’ai toujours l’impression d’avoir ratĂ© quelque chose en me sĂ©parant d’elle. J’ai aussi toujours eu envie de lui dire que je regrettais. Ă€ un moment je me suis mis Ă  faire quelques recherches sur Internet pour essayer de la retrouver. En vain. Un matin sur quelques accords très simples, la chanson est sortie toute seule. Une sorte de catharsis… C’Ă©tait aussi en hiver, il pleuvait beaucoup, et je me suis dit que les regrets ou les remords que tu traĂ®nais toute ta vie, comme ça, en filigrane, c’Ă©tait comme si il y avait toujours un peu d’hiver en toi, avec un crachin, une petite pluie humide, mĂ©lancolique. Un fond de spleen.

Auteur, compositeur, réalisateur ou encore écrivain… Quelle est la casquette que tu préfères en ce moment parmi tout ça ?

Patrick Coutin : Je suis avant tout Ă©crivain, quand j’Ă©tais jeune, je rĂŞvais d’ĂŞtre poète. Je joue de la guitare et je compose essentiellement autour des textes. J’ai appris les techniques de production et Ă  jouer d’un peu tout pour essayer de rester au plus près de ce que je voulais produire. Sans interfĂ©rence. Je pense qu’une chanson, c’est quelque chose qui tombe du ciel, et qu’il faut toujours essayer de respecter l’idĂ©e première. Alors que sur scène j’ai la tendance inverse : laisser les musiciens et les techniciens libres.

Quelle est ta façon de composer ? Ta méthode de travail en studio ?

Patrick Coutin : Chez moi tout ça arrive en mĂŞme temps, la musique et les paroles. Après il m’arrive de mettre beaucoup de temps pour finir une chanson et mĂŞme de ne la finir jamais. Tant que je n’ai pas trouvĂ© chaque mot, je considère qu’elle n’est pas finie. En studio, j’essaye toujours de dĂ©velopper ce que la chanson en elle, et surtout de ne pas abĂ®mer ou oublier le feeling du dĂ©part. Pour moi une chanson c’est un peu comme un enfant qu’il faut accompagner Ă  grandir. Si je m’aperçois que je prends la mauvaise direction et que je ne trouve pas mieux, j’abandonne.

C’est quoi le secret pour perdurer dans le milieu artistique selon toi ?

Patrick Coutin : Il y a plusieurs Ă©lĂ©ments importants, d’abord ce n’est pas tout Ă  fait la mĂŞme question pour un acteur, un chanteur ou une chanteuse avec une voix extraordinaire, ou pour quelqu’un comme moi qui est avant toute chose un crĂ©ateur. J’invente des chansons. Et lĂ  y a pas de secret, je ne sais pas faire autrement que continuer Ă  faire ça. Mais pour continuer Ă  exister dans ce mĂ©tier artistique il faut aussi avoir un peu de chance. Moi, j’en ai eu, avec tout de suite, avec un tube important qui m’a permis de continuer toute ma vie Ă  faire ce que j’avais envie de faire et de rencontrer beaucoup de personnes desquelles j’ai beaucoup appris. Donc le premier secret c’est sans doute d’aller au bout de ces idĂ©es et d’y ĂŞtre fidèle. Le second ne dĂ©pend pas de toi, c’est avoir un peu de chance et de rĂ©ussite.

Un objet dont tu ne peux pas te passer au quotidien ?

Patrick Coutin : Une guitare. Et aussi un téléphone pour enregistrer ou écrire ce qui me passe par les doigts ou la tête.

Déjà 45 anniversaires pour ton tube « J’aime regarder les filles ». Quelle place a ce titre dans ton cœur ?

Patrick Coutin : Y a tellement de gens plein de talent qui aimeraient avoir fait un succès que ce serait vraiment ĂŞtre ingrat que d’en ĂŞtre dĂ©goĂ»té… Je n’Ă©coute pas mes anciens disques ou je ne relis pas mes anciennes paroles, et c’est pareil avec J’aime regarder les filles, c’est un morceau qui a vĂ©cu sa vie, comme il a voulu et il a eu une belle vie… En plus je trouve qu’il vieillit bien… Par contre c’est quand mĂŞme toujours un grand plaisir de jouer ce titre sur scène devant un public qui a vĂ©cu des moments importants de sa vie sur cette musique. On peut dire ce que l’on veut, mais ce que l’on appelle un tube, c’est un morceau qui rassemble les gens, tant sur des idĂ©es, que sur le fait d’ĂŞtre ensemble, de faire la fĂŞte, de partager un moment; et ça, c’est magique.

Un fait d’actualité récent qui t’a marqué un peu plus que les autres…?

Patrick Coutin : Les guerres, qui diraient-on reviennent Ă  la mode… Je fais partie d’une gĂ©nĂ©ration qui croyait qu’on ne connaĂ®trait plus jamais ce genre d’horreur, ces moments oĂą des vieux envoient des jeunes se faire tuer, et dont le rĂ©sultat n’est jamais bon, sauf pour quelques personnes qui en profitent pour gagner de l’argent. Cette actualitĂ© me rend triste. Et parfois me dĂ©sespère, ne serait-ce que par rapport Ă  ce que l’on appelle le progrès ou l’intelligence …

Quand tu regardes derrière toi, quelle aura été ta plus grande fierté ? Et ta plus grande déception ?

Patrick Coutin : La plus grande fiertĂ©, c’est bien sĂ»r d’avoir traversĂ© les moments très difficiles car il y en a eu. Parfois ce mĂ©tier te fait comprendre qu’il ne veut plus de toi. Car la musique est un monde dĂ©diĂ© aux jeunes et Ă  l’adolescence. Il est bien sur normal que chaque gĂ©nĂ©ration ait ses artistes, ses musiques. Mais on est dans un monde, spĂ©cialement en Europe, oĂą on a tendance Ă  jeter un peu vite ce que l’on a adorĂ©. Donc ça c’est des moments difficiles Ă  vivre et continuer malgrĂ© cela, sans abandonner ses rĂŞves d’adolescents, et ses idĂ©es, comme la libertĂ©, la paix, le respect des autres, la volontĂ© de faire une musique humaine, vivante, honnĂŞte est une vraie fiertĂ©. Je le ressens très fort quand lors d’un concert ou d’une manifestation, je rencontre des gens qui ont passĂ© 20 ou 30 ans de leur vie Ă  Ă©couter et qui ont aimĂ© ce que j’ai produit ou créé. C’est un cadeau Ă©norme.

Quels sont tes objectifs pour 2026 en tant qu’artiste ?

Patrick Coutin : Finir d’enregistrer un EP ou un album et le sortir en octobre, ressortir le vinyle original de J’aime regarder les filles, refaire de la scène Ă  partir de la fin de l’annĂ©e 2026… et rencontrer des gens, voyager… crĂ©er, seul ou Ă  plusieurs… La vie quoi…

Un dernier mot pour la fin ?

Patrick Coutin : Pour la fin ? On va attendre un peu…

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