Elle s’appelle Kakijoy, et rien que son nom donne envie de s’y plonger. Artiste multiple, sensible et solaire, elle nous a accordé un moment après la sortie de son dernier clip « Tes couleurs ». Entre berceuses, expérimentations sonores et exploration de soi, Kakijoy ne rentre dans aucune case — et c’est bien ce qui fait toute sa singularité. Rencontre avec une voix pas comme les autres.
Bonjour Kakijoy, et merci de répondre à nos questions ! Dis-nous, comment la musique est-elle entrée dans ta vie ?
Kakijoy : C’est venu comme une nécessité, presque physique. J’ai toujours été sportive, mais paradoxalement, j’ai longtemps eu du mal à marcher, à me mouvoir. Et puis un jour, j’ai ressenti une urgence dans mon corps. Une urgence d’exprimer ce que j’avais accumulé : douleurs, émotions, ressentis. L’écriture ne suffisait plus. La musique est devenue un exutoire total, un langage à part entière.
C’est en prenant conscience que mon corps pouvait être un instrument, que ma voix pouvait devenir un outil, que tout s’est transformé. J’ai dû déconstruire pas mal de choses, réinitialiser ma vie pour reconnecter avec qui je suis vraiment. Aujourd’hui, je me considère plus comme une expresseuse que comme une simple chanteuse. Ma musique, c’est un prolongement de mon énergie vitale, de mon parcours intérieur.
Ton dernier clip “Tes couleurs” est un vrai bijou de douceur. Qu’est-ce qui t’a inspirée ?
Kakijoy : À l’origine, c’était une berceuse. La première version s’appelait Colore ton cœur, un instrumental orchestral que je joue en spectacle pour enfants. C’est une chanson pensée comme une main posée sur un front d’enfant, un geste tendre, rassurant. Un “sois qui tu es, tout va bien”.
Et puis elle a évolué. Elle a gagné en sensualité, en maturité. Elle est devenue aussi une invitation à retourner à soi-même, à se reconnecter à ses propres couleurs pour mieux partager avec les autres. J’ai adoré travailler cette évolution avec Nicolas du Studio Bénier, qui a capté direct le message et a même poussé le délire jusqu’à une version groovy plus intime. C’est de là qu’est né le clip !
Comment se passe ton processus de composition ? Tu démarres plutôt avec les paroles ou la musique ?
Kakijoy : Très souvent, ça vient d’un coup : paroles et mélodie ensemble, comme un paquet cadeau livré clé en main. C’est le cas pour mes EP Libertés et Balance ton cœur !
J’aime aussi partir d’un instru ou d’un texte déjà écrit, mais j’ai une règle : si ça ne coule pas de source, c’est que ce n’est pas une chanson pour moi. Je ne force rien. Tout doit venir avec fluidité. Si ça bloque, je laisse tomber.
Tu es une artiste indépendante. Quelle est la plus grosse difficulté que tu rencontres dans ta carrière ?
Kakijoy : Je débute encore, mais ce qui est dur, c’est cette pression constante de devoir rentrer dans des cases. On attend de toi un style défini, un “positionnement”. Sauf que moi, je veux pouvoir passer d’une berceuse à de la trap sans justification.
C’est ça la vraie liberté artistique pour moi. Alors oui, ça veut dire prendre le risque de ne pas être “vendable” dans les circuits classiques, mais tant pis. Je fais ce qui me ressemble. Mes chansons ont toutes un point commun : elles sont des déclarations de liberté, chacune à sa manière. Et même si ce n’est pas “parfait”, tant que c’est vrai, ça me va.
Un objet dont tu ne peux pas te passer au quotidien ?
Kakijoy : Franchement ? Du chocolat, un Carambar ou un petit sachet de bonbons gomme. Ça compte comme un objet, non ?
Les 3 derniers morceaux que tu as écoutés aujourd’hui ? (Sans tricher !)
Kakijoy : Honnêtement… aucun ! À part mon propre morceau Peuples en galère, pour le montage du clip qui sort très bientôt. Ça compte, non ? 😅
Une expression qui te définit bien, ce serait… ?
Kakijoy : Calme, mais tonique. Détachée, mais déterminée. Joyeuse, mais lucide. Décalée, mais concernée. Légère, mais engagée. C’est toute ma contradiction résumée.
Quel conseil donnerais-tu à un·e jeune artiste qui souhaite vivre de sa musique ?
Kakijoy : Déjà, il faut être lucide : vivre de la musique, ce n’est pas garanti. C’est important de savoir pourquoi on crée. Est-ce qu’on veut entrer dans un marché existant, ou est-ce qu’on veut créer un marché qui n’existe pas encore ?
Si on choisit d’être dans sa propre ligne, de rester fidèle à soi, c’est une forme de sécurité intérieure… mais il faut aussi accepter de ne pas être reconnu financièrement pour ça.
Mon conseil ? Sois polyvalent·e, trouve des moyens de subvenir à tes besoins en dehors de ta musique si besoin, mais ne trahis jamais ta vibe. C’est là que tu trouveras une forme de réussite, même si elle ne rentre pas dans les statistiques.
Quels sont tes objectifs pour 2025 ?
Kakijoy : Déjà, continuer à sortir les titres de mon EP Yaka Dancer et des duos reggae-pop avec M-Syla, dont Peuples en galère qui arrive très bientôt ! Je veux aussi proposer des morceaux en anglais, faire vivre ma boutique en ligne balancetajoie.shop, où je crée des visuels que j’imprime sur des vêtements. Et bien sûr, continuer les spectacles et ateliers pour enfants, parce que c’est un espace de transmission que j’adore.
Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Kakijoy : Merci d’avoir pris le temps de découvrir mon univers. Et si vous aussi, vous avez des couleurs à exprimer, balancez-les sans filtre. Il y a de la place pour chaque teinte.
—
Rejoindre Kakijoy sur les réseaux :
